Madagascar, les routes de la lenteur et du courage

À Madagascar, chaque déplacement raconte une histoire. Trois jours de voyage vécus lors de notre dernière mission pour relier Antananarivo à Tuléar : autant de haltes, de pannes et de détours qui disent la fragilité d’un réseau routier né d’une longue histoire.

Lorsque le corps expéditionnaire français débarque à Majunga en 1895, il lui faut cinq mois pour atteindre la capitale, faute de routes. À cette époque, les échanges se font encore à dos d’homme, au gré des sentiers et des pluies. L’administration coloniale organise les premières voies de communication dès 1897. Ces routes, construites pour relier les zones d’exploitation aux ports d’exportation, ont durablement structuré le territoire mais sans toujours répondre aux besoins des populations locales.

Plus d’un siècle plus tard, l’héritage demeure. Madagascar dispose de près de 32 000 km de routes, dont une large majorité non bitumées. En saison des pluies, de nombreuses pistes deviennent impraticables ; certaines localités se retrouvent isolées plusieurs semaines. Les cyclones, l’érosion et l’absence d’entretien aggravent encore la dégradation du réseau. Aujourd’hui, plus des deux tiers des routes régionales et locales sont en mauvais état, laissant 17 millions d’habitants à plus de deux kilomètres d’une voie praticable toute l’année.

Pour les enfants, rejoindre l’école, le collège ou le lycée est souvent bien plus qu’une aventure quotidienne. C’est pourquoi Baobab a soutenu l’achat de vélos pour les collégiens de Miary, afin de réduire la fatigue, le découragement, parfois la peur et l’abandon scolaire.

À l’échelle nationale, le chantier de l’autoroute Antananarivo–Toamasina, reliant la capitale au principal port du pays, incarne les ambitions de modernisation. Le trajet, qui prend aujourd’hui près de douze heures, devrait se faire en trois. Mais ce projet, mené par une entreprise égyptienne, suscite de vives critiques : destructions de rizières, expropriations non indemnisées, atteintes à des zones forestières protégées. Plusieurs organisations locales dénoncent une « situation dramatique » et alertent sur un risque d’insécurité alimentaire.

À ces difficultés s’ajoute une insécurité croissante sur les routes : des attaques par des bandes organisées — les dahalo, ou « coupeurs de route » — se multiplient, surtout dans le Sud frappé par la sécheresse et la pauvreté. Les trajets de nuit sont désormais déconseillés, même sur les grands axes.

Face à ces défis, la question n’est pas seulement technique : elle est humaine, sociale et environnementale. Comment bâtir des routes résilientes au climat, capables de résister aux cyclones ? Comment garantir la sécurité des voyageurs et l’accès à l’école ou aux soins pour tous ? Et surtout, comment imaginer un développement qui relie sans détruire ?

Entre routes coloniales et autoroutes modernes, Madagascar se cherche une voie : celle d’un progrès équilibré, respectueux de la nature et des plus vulnérables.
Car sur cette terre rouge où chaque virage raconte une lutte, se déplacer reste trop souvent encore un acte de courage, là où il devrait incarner l’espoir de relier les hommes et les femmes, les savoirs, les rêves et les projets d’avenir.