Madagascar à la croisée des chemins : au-delà de la crise, une transition encore fragile

Au cours de l’automne 2025, Madagascar a connu une agitation politique profonde dont les racines — bien que familières à nos adhérents — méritent un bref rappel, tant elles irriguent encore le présent. À la fin de septembre, une série de manifestations, impulsée par une jeunesse mobilisée autour de revendications concrètes — accès à l’eau, à l’électricité, transparence de la gouvernance — a pris une ampleur inédite sur l’ensemble de l’île. Ce mouvement, souvent désigné sous le nom de Gen Z Madagascar, est né d’une frustration accumulée face à des services publics défaillants et à la perception d’un pouvoir déconnecté.

Ce mécontentement social s’est rapidement mué en une contestation politique généralisée, fragilisant l’ordre institutionnel. Après plusieurs semaines de mobilisation, certaines unités militaires ont refusé de participer à la répression et se sont rapprochées des contestataires, ouvrant la voie à un basculement de pouvoir.

Aujourd’hui, à l’orée de 2026, la situation se caractérise par une transition politique encore fragile, marquée par des décisions et réactions qui témoignent de l’ampleur des défis à venir.

Une autorité de transition sous tension

Depuis octobre, Madagascar vit sous l’autorité d’un gouvernement de transition dirigé par le colonel Michaël Randrianirina. Ce pouvoir cherche encore sa légitimité face à une population attentive aux symboles autant qu’aux actes.

Plusieurs mesures institutionnelles ont été annoncées : mise en place de nouveaux organes exécutifs, nomination de ministres technocrates et d’opposants, promesse de réformes. L’accueil demeure cependant mitigé : prudence, parfois scepticisme, notamment du côté des mouvements civiques et de la jeunesse mobilisée, qui s’inquiètent du manque d’espaces de véritable consultation populaire.

Parallèlement, des interdictions de sortie du territoire ciblent certaines figures de l’ancien régime et des procédures judiciaires ont été engagées, affichant une volonté de rupture avec le passé. Dans ce paysage mouvant, les autorités de transition tentent de conjuguer rétablissement de l’ordre institutionnel et exigence de changement profond.

Un climat de réflexions et d’inquiétudes

La question de la légitimité démocratique se pose aujourd’hui avec une grande acuité. Des voix influentes — dont la Conférence des évêques de Madagascar — appellent les autorités de transition au dialogue, à la justice et à la réconciliation nationale. Sur le plan international, les appels se multiplient en faveur d’élections transparentes et inclusives, capables de redonner confiance à la population. Cette phase fragile rappelle combien le passage de la contestation à la refondation institutionnelle relève d’un exercice d’équilibre : il ne s’agit pas seulement de remplacer des visages, mais de réinventer des pratiques démocratiques vivantes, au plus près des aspirations de la société.

Penser l’avenir : entre vigilance et espérance

À l’aube de 2026, Madagascar demeure à la croisée des chemins. Dans la rue comme dans les cercles de décision, chacun mesure que le changement véritable ne se décrète pas : il se construit, pas à pas. L’organisation d’élections constituera une étape déterminante ; elle donnera une forme institutionnelle aux transformations en germe depuis plusieurs mois.

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Et Baobab, dans tout cela ?

Au-delà de ces bouleversements politiques, une certitude demeure : l’engagement de Baobab ne faiblit pas. Depuis plus de vingt ans, notre action s’enracine dans une relation patiente et fidèle avec les enfants, les enseignants et l’ensemble de la communauté éducative de Miary. Cette alliance ne dépend pas des alternances de pouvoir ; elle naît de la confiance et du respect pour celles et ceux qui, chaque jour, font vivre l’école, souvent dans des conditions précaires, toujours avec courage.

En l’état actuel de la situation — et sauf événement brutal — notre mission de terrain prévue en 2026 est maintenue. Les dates définitives restent à préciser. Nous la préparons avec sérieux et vigilance, conscients du contexte, mais convaincus que la présence, le lien et la continuité du soutien demeurent essentiels.

Dans ces temps incertains, Baobab continue ainsi de choisir la fidélité, la coopération et l’éducation : autant de chemins modestes mais sûrs pour aider, à notre mesure, la vie à tenir debout.

  • LE MONDE

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