J5 – À Miary, l’avenir se tisse dans le concret

Il est des journées sans éclat apparent, sans cérémonie ni grande annonce, et pourtant essentielles. Ce cinquième jour de mission appartient à cette catégorie précieuse : celle où l’on consolide, où l’on ajuste, où l’on prépare demain par des décisions très concrètes. À Miary, le changement durable naît souvent de ces heures patientes.

La matinée a d’abord été consacrée à une réunion de travail avec les Sœurs de la communauté Sainte-Thérèse d’Avesnes qui assurent, quelles que soient les conditions — chaleur torride, pluies diluviennes… — le fonctionnement de la cantine scolaire. Les échanges ont porté sur le programme alimentaire des enfants. Plusieurs orientations importantes ont été retenues : mise en place de repas plus variés, amélioration de la qualité nutritionnelle, élaboration d’une carte hebdomadaire des menus, introduction régulière d’œufs et de lentilles, ainsi qu’un apport renforcé en riz à certains moments de la semaine. Derrière ces décisions se tient une réalité simple : un enfant mieux nourri apprend mieux, grandit mieux, vit mieux.

Les discussions ont également abordé les moyens matériels de la cantine. Le budget consacré aux collations du matin a été revalorisé, passant de 330 à 400 ariary par enfant. Une demande de devis a été formulée pour l’achat d’une table métallique de desserte. Ces montants peuvent sembler modestes vus d’Europe ; sur place, ils représentent des marges de manœuvre concrètes, parfois décisives.

Aux côtés de notre partenaire ADES, une visite technique de la cuisine a ensuite permis de renouveler certaines explications sur l’utilisation des fours solaires, notamment pour réduire la consommation de bois. Là encore, la question paraît domestique, mais elle engage des enjeux économiques et écologiques majeurs. Le prix du fagot de bois, fixé autrefois à 1 500 ariary, avait doublé après le cyclone avant de redescendre partiellement à 2 000 ariary. Chaque économie compte. Une réparation a également été effectuée sur le robinet d’eau chaude.

Les Sœurs ont par ailleurs attiré notre attention sur l’entretien des panneaux photovoltaïques installés au-dessus du château d’eau. Une échelle avait été demandée pour les nettoyer. Après observation sur place, cette solution a été jugée trop dangereuse. Une autre réponse devra être imaginée. La mission consiste aussi à savoir renoncer à ce qui exposerait inutilement les personnes.

Pendant ce temps, une autre partie de l’équipe, conduite par Christine, chargée au sein de notre association du suivi des enfants parrainés, rencontrait les seize filleuls scolarisés au collège Sainte-Thérèse. Reçus par Sœur Solange, les bénévoles ont pu faire un point global sur la situation de ces jeunes : résultats scolaires, ponctualité, absences, conditions de vie, accès à la cantine. Deux élèves appellent une vigilance particulière. Les entretiens menés avec les collégiens de 5e, 4e et 3e ont aussi mis en lumière des besoins de santé : consultations chez l’ophtalmologue ou le dentiste pour certains, réparations de vélos pour d’autres. Tous ont exprimé leur satisfaction de pouvoir bénéficier de la cantine, élément central pour poursuivre sereinement leur scolarité. À chacun ont été remis une brosse à dents, un dentifrice et un stylo. Des présents simples, utiles, porteurs d’attention. Les photos et vidéos prises ensuite ont d’abord suscité un peu de réserve, avant de laisser place aux sourires et à la joie de se voir reconnus.

Une visite rapide à l’ONG Bel Avenir a également permis de choisir une culotte menstruelle pour une filleule. Là encore, un geste discret, mais qui touche à la dignité, à la santé et à la continuité de la scolarité des jeunes filles.

Au jardin pédagogique, les écoliers poursuivaient leur matinée au contact de la terre nourricière. Notre école apprend à lire, à compter, à penser ; elle apprend aussi à cultiver, à patienter, à prendre soin du vivant.

Ainsi s’est écrit ce J5 : entre budgets serrés, repas mieux pensés, outils réparés, enfants écoutés et avenir préparé. Le développement véritable ne procède pas du spectaculaire. Il avance par additions modestes, par fidélités tenaces, par une multitude de gestes justes.