Se soigner à Madagascar : entre défis structurels et élans de solidarité

Se soigner à Madagascar : entre défis structurels et élans de solidarité

À Madagascar, se soigner reste un parcours semé d’embûches pour une grande partie de la population. Le manque d’infrastructures, le coût des soins, la pénurie de personnel médical qualifié et les inégalités entre zones urbaines et rurales rendent l’accès à la santé particulièrement difficile. Le pays compte environ 8,6 médecins pour 100 000 habitants en zone urbaine, chiffre qui chute à 1 médecin pour 35 000 habitants en zone rurale. Pourtant, sur tout le territoire, des femmes et des hommes se mobilisent pour pallier ces manques et faire de la santé un droit, non un privilège.

Un système de santé structuré… mais inégalement déployé

Le système de santé malgache repose sur une organisation en trois niveaux :

Le niveau central (national) comprend le Ministère de la Santé Publique et les grandes directions chargées de définir la politique de santé, les programmes prioritaires (comme la vaccination ou la lutte contre les maladies infectieuses), la formation des professionnels et l’allocation des ressources.

Le niveau régional correspond aux directions sanitaires régionales, qui coordonnent la mise en œuvre des politiques de santé dans les différentes régions, veillent à la logistique (distribution des médicaments, données sanitaires, encadrement du personnel) et assurent le lien entre les décisions nationales et le terrain.

Le niveau périphérique ou local est celui des centres de santé de base (CSB), des hôpitaux de district et des postes de santé ruraux. C’est là que les patients reçoivent soins, conseils et accompagnement au plus près de leur quotidien. Ce niveau est essentiel, mais souvent sous-équipé, et parfois difficile d’accès dans les zones isolées.

Malgré cette structure, les disparités sont importantes. En milieu rural, il n’est pas rare que les habitants doivent marcher plusieurs heures pour consulter un agent de santé, parfois sans assurance de trouver un médicament ou un soignant qualifié sur place.

Des inégalités d’accès liées au secteur informel

À Madagascar, seule une minorité de la population bénéficie d’une couverture maladie. Cela concerne principalement les personnes employées dans le secteur formel — c’est-à-dire les emplois déclarés et encadrés par l’État, comme les fonctionnaires ou les salariés d’entreprises enregistrées, qui cotisent à un régime de sécurité sociale.

Mais la majorité des Malgaches exerce une activité dans le secteur informel (agriculture familiale, petits commerces, artisanat…), sans contrat, ni protection sociale. Pour eux, le moindre soin représente un coût souvent insurmontable. Cela conduit à des retards de diagnostic, à des soins incomplets, voire à un renoncement pur et simple. Les femmes et les enfants sont les premières victimes de ces inégalités, notamment lors de la grossesse, de l’accouchement ou des maladies infantiles.

Des initiatives locales porteuses d’espoir

Face à ces difficultés, des acteurs locaux et internationaux œuvrent sur le terrain avec ingéniosité et détermination. Le projet PluriElles, par exemple, porté par l’association Santé Sud, forme des sage-femmes communautaires dans les zones rurales. Elles assurent un suivi médical des femmes enceintes, facilitent l’accès à la contraception et contribuent au dépistage de certaines maladies, comme le cancer du col de l’utérus.

Autre initiative inspirante : le programme de solaire médical mis en place avec le soutien de la Banque mondiale. Grâce à des kits photovoltaïques, plus de 500 centres de santé en milieu rural sont désormais équipés en électricité, ce qui améliore considérablement les conditions d’accueil, la conservation des vaccins et la sécurité des accouchements.

Un objectif à long terme : la couverture santé universelle

Depuis quelques années, Madagascar s’est engagé dans un vaste chantier : celui de la Couverture Santé Universelle (CSU). Il s’agit d’un objectif ambitieux, qui vise à permettre à tous les citoyens d’accéder à des soins de qualité sans devoir s’endetter. Ce chemin est encore long, tant les besoins sont immenses. Les premières expérimentations, notamment par des mutuelles de santé locales ou des programmes de proximité, ouvrent des pistes concrètes, cependant, ces dispositions couvrent à ce jour, moins de 1 % de la population.

Conclusion

Soigner à Madagascar, c’est composer avec des défis multiples : humains, géographiques, logistiques et économiques. Mais c’est aussi croire en la force du lien social, de la solidarité de proximité, et de l’engagement.

Consciente que l’éducation ne peut s’épanouir sans une attention portée à la santé, l’association Baobab se mobilise également pour améliorer le bien-être des élèves qu’elle accompagne. Un partenariat a ainsi été mis en place avec le dispensaire local, afin de faciliter l’accès aux soins pour les enfants : consultations dentaires et optiques, dépistages simples, et, pour les jeunes filles, distribution de protections menstruelles et sensibilisation à l’hygiène.

Ces actions, modestes mais concrètes, s’inscrivent dans une démarche globale : permettre à chaque enfant d’apprendre, de grandir et de se construire dans la dignité. Car favoriser l’accès à la santé, c’est aussi semer des graines d’espoir et d’avenir.

Sources :

  • Article du 21/05/2025 : Groupe de la banque mondiale
  • OMS : Stratégie de coopération pays de l’OMS 2023/2027 – MADAGASCAR
  • PluriElles : améliorer l’accès à la santé des femmes vivant en zone rurale à Madagascar
  • Statistiques de l’OMS
  • Photo : WIKIMEDIA COMMONS
Mission Madagascar