La mélodie des mots : enseigner entre malgache et français à Miary

À Miary, les journées commencent par des chants et des histoires échangés sur le chemin de l’école. Les mots glissent avec souplesse, portés par la musicalité du malgache. Dans la cour, avant que ne sonne l’heure de la classe, les enfants jouent, rient, s’appellent dans leur langue maternelle. Mais dès que la leçon commence, les voix des enseignants modulent, naviguant entre malgache et français.

Une langue nationale aux mille images

Le malgache est la langue officielle de Madagascar, parlée dans toutes les régions de l’île. Sa grammaire étonne par sa simplicité apparente : pas de marque de genre ni de nombre, une structure régulière qui rend son apprentissage accessible. Mais sa véritable richesse réside dans ses images. Langue de poètes et de conteurs, elle use volontiers de métaphores. Ainsi, pour exprimer l’idée que « tout finit par se savoir », on dit : Ny marina toy ny afo, tsy afenina – « La vérité est comme le feu, on ne peut la cacher ». Ces images, transmises de génération en génération, façonnent une pensée où se mêlent sagesse et douceur.

Cette langue unifiée recouvre pourtant une mosaïque de dialectes : on en compte dix-huit principaux, dont le merina dans les Hautes Terres, le betsimisaraka sur la côte est ou le sakalava à l’ouest. Ils se comprennent entre eux mais reflètent l’histoire, les migrations et la diversité culturelle de l’île.

Le français, clé et défi

Le français, hérité de l’histoire coloniale, est enseigné à partir du secondaire et reste la langue d’apprentissage au collège, au lycée et à l’université. Il constitue un passeport vers la réussite scolaire et professionnelle, mais peut aussi représenter une marche haute pour les élèves qui n’y sont pas exposés dans leur vie quotidienne.

Les enseignants deviennent alors des passeurs de langue. Ils reformulent, traduisent, adaptent leur discours. Ils savent que la maîtrise des deux langues est un enjeu majeur pour chaque enfant. Dans ce contexte, le bilinguisme n’est pas seulement un atout culturel : il est une condition essentielle pour apprendre.

À Miary, entre deux langues

Dans les classes, le malgache reste la langue de référence, celle qui permet de poser les bases. Toutefois, dans notre école d’expression française, les enseignants installent le français dès la maternelle, d’abord par du vocabulaire et des consignes simples, puis dans les matières enseignées. Les dialectes, eux, sont moins présents à l’école, mais continuent de vivre à la maison, dans les conversations familiales.

Pour les enseignants, cet aller-retour constant entre malgache et français exige souplesse et vigilance. Ils doivent s’assurer que chaque mot en français trouve un écho clair dans l’esprit de l’élève, et que l’apprentissage ne se transforme pas en obstacle ou en décrochage.

Le soutien de l’Alliance Française

Consciente de cet enjeu, Baobab a initié avec l’Alliance Française de Tuléar un programme de formation continue destiné aux enseignants (cf. article du 26/07/2025). Ces sessions visent à renforcer leurs compétences linguistiques et pédagogiques, afin qu’ils puissent transmettre le français sans rompre le lien avec la langue maternelle. Cette année encore, la rentrée scolaire sera précédée d’une semaine de formation, pensée avec les enseignants, pour répondre à leurs besoins concrets.

Deux mélodies, une même harmonie

À l’école de Miary, les langues ne s’excluent pas, elles se complètent. Le malgache ancre l’enfant dans sa culture et ses images, le français lui ouvre des portes vers d’autres horizons. Chaque journée de classe est ainsi un exercice d’équilibre, où deux voix s’entrelacent pour composer une même harmonie. Et c’est sans doute dans cette harmonie que réside l’avenir : un avenir où l’on apprend à lire et à compter dans deux langues, mais surtout à penser dans la richesse de toutes.