Au sud-ouest de Madagascar, dans la forêt d’Andombiry, un géant est en train de disparaître. Son nom est Tsitakakantsa. En malgache, cela signifie : « Si l’on chante d’un côté du tronc, le chant ne peut être entendu de l’autre côté. »
Avec ses 29 mètres de circonférence, ce baobab est le plus grand jamais répertorié sur la Grande Île. Âgé d’environ neuf cents ans, il a traversé les siècles, les sécheresses, les cyclones et les bouleversements de l’histoire humaine. Pour les habitants de la région, il n’est pas seulement un arbre remarquable. Il représente un lieu de mémoire, un symbole spirituel et un lien avec les générations qui les ont précédés.
Depuis plusieurs mois pourtant, les scientifiques observent son déclin. Les pluies exceptionnelles provoquées par la tempête tropicale Jude, en mars 2025, auraient rempli la cavité intérieure de l’arbre. L’eau stagnante a favorisé le développement de champignons et de bactéries qui le détruisent lentement de l’intérieur. La récente chute d’une branche maîtresse constitue, selon les spécialistes, le signe d’un effondrement désormais irréversible.
Les baobabs ne meurent pas comme les autres arbres. Ils se fragmentent progressivement avant de retourner à la terre. D’ici quelques années, il ne restera probablement plus rien de ce colosse végétal qui dominait la forêt depuis près d’un millénaire.

La disparition de Tsitakakantsa dépasse pourtant le seul destin d’un arbre exceptionnel. Elle raconte aussi l’histoire d’un écosystème fragilisé. Madagascar abrite une biodiversité unique au monde. Plus de 80 % des espèces qui y vivent ne se trouvent nulle part ailleurs sur la planète. Mais cette richesse naturelle est aujourd’hui menacée par la déforestation, l’appauvrissement des sols, la pression démographique et les conséquences du dérèglement climatique.
Lors de nos missions à Miary, nous mesurons chaque année combien les populations locales demeurent dépendantes des ressources naturelles qui les entourent. Dans un contexte de grande précarité économique, la protection de l’environnement ne peut être dissociée des conditions de vie des habitants. Lorsque la pauvreté progresse, les équilibres écologiques deviennent plus fragiles encore.
La disparition annoncée de Tsitakakantsa nous rappelle que certains patrimoines naturels qui nous semblaient éternels demeurent en réalité profondément vulnérables. Elle nous invite aussi à réfléchir à notre responsabilité collective. Derrière la chute d’un géant millénaire se dessine une question plus vaste : quel monde sommes-nous en train de transmettre aux générations qui viennent après nous ?
À Madagascar comme ailleurs, protéger la nature revient aussi à préserver les conditions d’une vie digne pour les femmes, les hommes et les enfants qui en dépendent.

Références :
• RFI, Madagascar : le plus gros baobab jamais répertorié sur la Grande Île est en train de mourir, 18 mai 2026.
• France Inter, Tsitakakantsa, le géant de la forêt qui va s’effondrer, 28 mai 2026.