Un voyage à Madagascar pour concrétiser une année de travail

Quand on s’occupe d’une association humanitaire qui mène ses actions à plus de neuf mille kilomètres de Lapeyrouse Fossat, on agit à distance, on pense les choses loin du terrain, on s’appuie sur des relais locaux, on influence au mieux, on voit des comptes, des photos, on entend ou on lit des comptes-rendus, mais rien ne remplace totalement la visite sur place ! C’est pourquoi, chaque année, une délégation de l’association se rend à Madagascar pour constater les réalisations, contrôler le bon usage des fonds envoyés et décider avec les premiers intéressés les suites à donner et le cap à prendre à court et moyen termes dans un souci permanent de travailler avec et pas à la place de. Dans un pays au contexte difficile, se projeter à long terme est une utopie, ce qui ne nous empêche pas d’imaginer des possibles, tout en étant conscients, avec beaucoup d’humilité, que ces possibles peuvent ne jamais devenir réalité.

Ainsi une délégation de six membres s’est rendue à Tuléar et Miary, dans le sud-ouest de la Grande Ile, entre le 20 avril et le 10 mai. Au programme, le groupe a fait le point sur l’école et la première année plutôt réussie de son nouveau directeur, Bonne Chance. De ce côté, tout va bien. Même s’il a fallu recadrer un des enseignants, prévoir des travaux de sécurisation supplémentaire des locaux face à quelques intrusions, parler retraite d’une autre de nos salariés, le constat est que la pédagogie fonctionne, que les résultats sont là, attestés par les succès au Certificat d’études ou les excellents résultats des anciens élèves parrainés en sixième cette année. Cela n’empêche pas de prévoir les investissements de demain dans la structure (les sanitaires ont bien besoin d’une rénovation) ou le matériel pédagogique comme la formation du personnel enseignant et des autres salariés.

Bien évidemment, notre délégation a aussi inspecté la cantine et le jardin pédagogique. Si le second faisait l’objet de beaucoup d’information et connait un bel essor sous l’impulsion de Jean Claude, son animateur, ancien élève de l’école, la première nécessitait plus de calages pour optimiser la nouvelle cuisine solaire, installée en septembre, et surtout accélérer la diversification alimentaire. Rappelons que ce sont deux cents petits déjeuners qui sont servis chaque jour de classe à des enfants qui arrivent, de loin pour certains, à pied et le ventre souvent vide ; et deux cents déjeuners suivent le midi en deux services. Grâce aux conseils de Marion Ribeiro, diététicienne à Lapeyrouse, que nous remercions, nous améliorons l’équilibre alimentaire. Les œufs et les lentilles ont déjà pu être testés durant le séjour de notre groupe, les quantités de riz ajustées. L’allocation budgétaire de la collation du matin est revalorisée. Le matériel de la cuisine a été complété. La réflexion sur les séchoirs à fruits et légumes se poursuit avec l’association qui nous a déjà accompagné pour la cuisine de la cantine.

Les filleuls parrainés au collège, au lycée et dans des lycées professionnels ont fait l’objet d’une visite et d’un entretien sur leurs résultats scolaires, leur orientation, mais aussi leur vie quotidienne que ce soit le logement, les déplacements avec les vélos financés par les marraines et parrains, la nourriture. La cantine du seul établissement qui la propose pour le moment est très appréciée et nous cherchons des solutions pour proposer encore plus largement ce service aux autres filleuls. Notre délégation a même revu quelques anciens et constaté que les projets post-parrainage, financés en leur temps par l’association, continuaient leur existence pour plusieurs d’entre eux (cashpoints, élevage porcin), déjouant ainsi certaines de nos craintes.

Les dons de tout ce qui avait été collecté en France (merci notamment à l’APE de Lapeyrouse Fossat pour ses dons) ont été répartis : vêtements auprès de quelques-uns de nos bénéficiaires et du dispensaire de Miary, brosses à dents auprès de nos élèves et de nos enseignants, jeux à l’école et au dispensaire, fournitures scolaires à l’école et auprès des filleuls, médicaments à l’école et au dispensaire, lunettes à la clinique ophtalmique… Et bien sûr les conventions avec cette clinique ophtalmique Salfa et le dentiste Moïse ont été renouvelées. Nos représentants ont d’ailleurs accompagné des jeunes pour cinq visites ophtalmiques et six dentaires. Des fiches médicales sont aussi établies pour assurer un suivi dans le temps qu’aucune médecine scolaire ne fait aujourd’hui sur place.

Si le traditionnel goûter sous les frondaisons a été offert aux enfants en fin de séjour, occasion de chants et de danses, la mission s’est aussi consacrée à un audit rigoureux des comptes puisque cette année Marie-Luce a remplacé Pascaline pour la gestion au quotidien ; une revue des contrats en cours et du bon acquittement des cotisations sociales a été menée à bien.

A l’issue de ce voyage, l’association confirme à ses membres que les projets sont bien vivants, les résultats à la hauteur des espérances et l’argent bien utilisé sur place. Mais les conditions de vie difficile de la population, les aléas climatiques et politiques du pays nous incitent à poursuivre l’effort sans faiblir. Plus que jamais, BAOBAB a besoin de la mobilisation de toutes et tous pour poursuivre ce chemin collectif, humblement, pas à pas.